Le Prix Sakharov 2019 remis à la fille du militant ouïghour Ilham Tohti

Le Soir, 18.12.2019

Une nouvelle fois, c’est une chaise vide qui trônait au centre de l’hémicycle, sur laquelle le président de l’assemblée a déposé le diplôme symbolisant le prix.

Le président du Parlement européen David Sassoli a remis mercredi à la fille du professeur ouïghour Ilham Tohti le Prix Sakharov 2019 pour la liberté de l’esprit, que les députés ont décidé de décerner à son père pour mettre en lumière son combat pour les droits de la minorité ouïghoure en Chine.

L’économiste et militant des droits de l’homme, âgé de 50 ans, est emprisonné en Chine à la suite de ce que le président du Parlement européen a récemment qualifié de «parodie de procès», en 2014. Il avait créé un site internet qui visait à promouvoir le dialogue entre peuples chinois. Il a été condamné à la prison à perpétuité pour séparatisme.

Sa fille, Jewher Ilham, qui vit aux Etats-Unis, le représentait mercredi à Strasbourg. Dans un discours sobre, très applaudi, elle a admis avoir peur, «peur que mes paroles portent atteinte à ma famille en Chine». «Même parler à vous ici me fait peur», ajoute-t-elle.

«Je ne sais pas où est mon père aujourd’hui  »

«Je ne sais pas où est mon père aujourd’hui, il est emprisonné à vie dans un lieu que nous ne connaissons pas», a-t-elle encore raconté. «Nous avons eu des nouvelles de lui pour la dernière fois en 2017, et je ne l’ai plus vu depuis 2013, à notre séparation à l’aéroport de Pékin». Père et fille étaient alors en route pour une université américaine où Ilham Tohti était chargé de cours, mais celui-ci n’a pas pu monter à bord. «On m’a donné le choix, de rester avec lui ou de monter dans l’avion», explique Jewher Ilham. «Mon père a insisté pour que je poursuive mon voyage».

«La cause qui a orienté sa vie était de créer un dialogue pacifique entre les chinois Han et les Ouïghours», une minorité musulmane essentiellement installée dans la province du Xinjiang (nord-ouest). Il voulait combattre le fait que les Ouïghours «étaient privés de leurs droits les plus basiques, comme celui de penser ce qu’ils voulaient», ce qui lui a valu «d’être étiqueté en tant que séparatiste, extrémiste violent».

«C’est sous cette excuse fausse de l’extrémisme que le gouvernement a placé plus d’un million d’Ouïghours dans des camps de concentration» en Chine, a-t-elle rappelé, appelant les politiques à «faire usage de leur influence» et les entreprises à «ne pas être complices de la persécution du gouvernement chinois».