Chine : Zhou Yongkang, l’ancien patron de la sécurité publique sous enquête pour corruption

rfi, 30 Août 2013

Il a fait trembler la Chine et maintenant c’est lui qui tremble ! Selon la presse de Hong-Kong ce matin, l’ancien patron de la sécurité publique, Zhou Yongkang, 70 ans, fait l’objet d’une enquête pour corruption. Si cela était confirmé (le web chinois  avait déjà bruissé de rumeurs à ce sujet l’an dernier), ce serait en effet une première. Aucun membre du comité permanent du politburo du parti communiste chinois, même à la retraite, n’avait jusqu’à présent fait l’objet d’une telle enquête depuis… la révolution culturelle ! Zhou Yongkang est un proche de Bo Xilai. Purge must go on comme on dit au PCC.

La nouvelle devrait être confirmée à l’occasion du 3eme plenum du PCC en novembre prochain selon le South China Morning Post. L’enquête a été approuvée par les dirigeants du parti à l’occasion de la réunion secrète de Beidaihe, station balnéaire à l’est de Pékin, au début du mois d’août poursuit le quotidien anglophone.

► Lire le South China Morning Post du 30 août 2013 Zhou Yongkang, former security tsar linked to Bo Xilai, faces corruption probe

Fleurs et funérailles
Si l’information est confirmée, le parti aurait visiblement souhaité l’a conserver secrète jusqu’au grand rendez-vous politique de l’automne. Le web s’interroge en effet ce matin sur la dernière fois où les médias d’état ont fait référence à Zhou Yongkang. C’était il y a trois jours dans la province de Wuhan (centre).

Comme le chef de l’Etat Xi Jinping et les anciens présidents Hu Jintao et Jiang Zemin, l’ex chef de la sécurité publique a fait porter des fleurs pour les funérailles de Liu Xirao, l’un des pionniers du nucléaire et des satellites chinois.

Plusieurs sites d’informations ont alors fait mention de son nom dans les titres et dans les reportages (sur la photo ci-dessus son nom apparait au milieu de l’image). « Pourquoi avoir mis en avant Zhou Yongkang dans les médias » s’interrogent les internautes, sinon pour dire qu’il fait encore partie de la grande famille communiste ?

Fortune dans le pétrole

Le président chinois Xi Jinping formellement investi en mars dernier a fait de la lutte contre la corruption l’une de ses priorités. « Les principaux dirigeants ont pris la décision en raison de la colère croissante au sein du parti contre la corruption et de l’immense fortune accumulée par la famille de Zhou » écrit le SCMP.

L’enquête pour « violation des règles du parti », euphémisme utilisé en cas de soupçons de corruption visant les hauts fonctionnaires, a été lancée en décembre dernier. « Des dizaines de cadres du parti et des hommes d’affaires ont alors été interrogés dans la province du Sichuan » et Xi Jinping lui-même aurait demandé aux enquêteurs d’aller « au fond des choses » souligne le journal. Le chef de l’état pourrait se servir de cet exemple pour galvaniser sa campagne contre la corruption.

Né en 1942, Zhou Yongkang a fait une grande partie de sa carrière dans le pétrole. Cet ingénieur de formation a passé 18 ans dans la province du Liaoning (nord) sur les champs d’hydrocarbures. Il a aussi été vice ministre de l’industrie pétrolière entre 1985 et 1988, puis ministre des terres et des ressources naturelles entre 1998 et 1999, avant de diriger le parti communiste de la province du Sichuan (ouest),  puis d’entrer au comité permanent du PCCC à la tête du ministère de la sécurité publique en 2002.

Les enquêteurs cherchent à savoir si lui et sa famille se sont enrichis illégalement au travers des marchés pétroliers ou de transactions immobilières réalisées par son fils Zhou Bin. Des rumeurs sur la fuite de ce dernier aux Etats-Unis circulaient récemment sur les réseaux sociaux.

Proche de Bo Xilai

Comme souvent en Chine, les luttes de pouvoir passent par la case corruption. Mais ici le dossier est bien politique. Zhou Yongkang est un proche de Bo Xilai, dirigeant déchu dont le procès pour corruption et abus de pouvoir vient de s’achever. Tout ce que j’ai fait a été approuvé par Zhou Yongkang aurait ainsi confessé aux enquêteurs l’ancien ministre chinois du commerce et ex-secrétaire général du parti communiste de Chongqing (sud) selon le site d’information Mingjing News.

Zhou Yongkang a également été vivement critiqué par ces pairs pour avoir été le seul membre du tout puissant comité central à avoir défendu Bo Xilai. Certains comme le site dissident Boxun basé aux Etats-Unis allant jusqu’à spéculer sur l’alliance entre Zhou et Bo pour la conquête du pouvoir. L’ancien chef de la sécurité publique lui aurait ainsi selon Boxun offert de prendre sa place lors du congrès de mars dernier.

Plusieurs pistes viendraient conforter cette chute supposée imminente de l’ancien patron de la sécurité publique. La disparition de Wu Bing d’abord. Depuis le 2 aout dernier, cet homme d’affaire du Sichuan n’est pas apparu en public. Or il s’agit d’un proche du fils de Zhou Yongkang qui aurait pu jouer le rôle d’oncle généreux de la famille. Et puis deuxième indice, lundi dernier l’agence Chine Nouvelle nous informait de l’ouverture d’une nouvelle enquête pour « violation grave de la discipline du parti ». Cette fois les perquisitions ont été menées au bureau et au domicile de Wang Yongchun, le directeur général adjoint de la China National Pétroleum Corporation.

Zhou Yongkang poursuivra-t-il sa retraite sans encombre ou finira-t-il en prison ? Une seule chose est sûre : Si la destitution de Zhou Yongkand est effectivement confirmée lors du plénum de novembre, cela signifierait que Xi Jinping a obtenu l’accord des différents courants au sein du parti sur la question.

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