Chine : Nurmemet Yasin est mort en prison

Amnesty International, 4 Janvier 2013

L’écrivain poète ouïghour Nurmemet Yasin est mort en prison en 2011. Des informations non officielles sur son décès n’ont été connues que fin décembre 2012. La mort de Nurmemet Yasin constitue un nouveau coup dur pour la liberté d’expression en Chine et révèle les conditions de détention extrêmement rudes dans le pays. Amnesty International presse les autorités chinoises de confirmer ou infirmer ces informations sur cette tragique disparition.

Nurmemet Yasin, poète ouïghour, prisonnier d’opinion torturé avait été condamné le 29 novembre 2004 à une peine de dix ans de prison pour avoir publié une nouvelle intitulée Le pigeon sauvage. Les autorités chinoises considèrent cet ouvrage comme un réquisitoire déguisé contre les autorités chinoises de la région autonome du Xinjiang.

« Maintenant, enfin, je peux mourir librement.
J’ai la sensation que mon âme est en flammes – s’élevant en liberté. »

Extrait du Pigeon sauvage, nouvelle de Nurmemet Yasin, lui ayant valu sa condamnation à 10 ans de prison.

Nurmemet Yasin

Né le 6 mars 1974, l’écrivain Nurmemet Yasin était marié et père de deux enfants.

Il était l’auteur de plusieurs essais, nouvelles et recueils de poésie en langue ouïghoure, dont certains étaient étudiés dans les collèges de la province du Xinjiang, où vit la majorité ouïghoure.

Nurmemet Yasin a été condamné le 29 novembre 2004 à une peine de dix ans de prison pour avoir publié une nouvelle intitulée Le pigeon sauvage.

Les autorités chinoises considèrent cet ouvrage comme un réquisitoire déguisé contre les autorités chinoises de la région autonome du Xinjiang.

Le pigeon sauvage raconte à la première personne l’histoire d’un jeune pigeon pris au piège – le fils d’un roi pigeon – qui se suicide en captivité. Il préfère se tuer plutôt que de sacrifier sa liberté.

Publiée dans une revue de littérature ouïghoure, cette fable avait été diffusée très largement et recommandée pour un prix littéraire important. L’éditeur de la revue, Korash Huseyin, a lui aussi été condamné à trois ans de prison, et aurait été libéré depuis.

Nurmemet Yasin a été accusé « d’inciter les Ouïghours au séparatisme », acte considéré par les autorités chinoises comme un crime.
Lors de son procès à huis-clos, il n’aurait pas bénéficié de la présence d’un avocat.

Peu d’informations ont filtré sur les conditions de son décès mais les conditions de détention dans la prison de Shaya sont connues pour être extrêmement difficiles. Malade, Nurmemet n’avait pu bénéficier de soins médicaux.

En 2005, le rapporteur spécial des Nations unies sur la torture avait pu lui rendre visite : Nurmemet Yasin avait alors déclaré avoir subi des mauvais traitements et avoir été battu par ses codétenus pour avoir refusé de parler le mandarin.

Le rapport issu de cette visite constitue la dernière source d’information fiable sur l’état de l’écrivain en détention. Sa famille n’était pas autorisée à lui rendre visite.

Les Ouïghours sont un groupe ethnique de la famille linguistique turque installés au coeur de l’Asie centrale. Ce sont en majorité des musulmans sunnites.

À partir de la seconde moitié des années 1990, le gouvernement chinois a mené une politique agressive contre les Ouïghours au nom de la politique dite des « trois maux » (terrorisme, séparatisme et extrémisme religieux).
Par conséquent, de plus en plus de Ouïghours ont été soumis à des arrestations arbitraires et des procès iniques.

Par ailleurs, ce peuple est l’objet de nombreuses discriminations et est fortement marginalisé économiquement, socialement et culturellement.
En 2008, les autorités ont utilisé une série d’évènements violents pour justifier la mise en place de mesures généralisées contre la population du Xinjiang.

Le 5 juillet 2009, une manifestation pacifique des Ouïghours s’est transformée en heurts violents suite à l’intervention des forces de police et des centaines d’Ouïghours auraient disparu.

http://www.amnesty.fr/AI-en-action/Discriminations/Discriminations/Actualites/Chine-Nurmemet-Yasin-est-mort-en-prison-7370