Une faille de sécurité révèle l’inquiétante surveillance des Ouïghours en Chine

Clubic, 21.02.2019

Un chercheur en cybersécurité a détecté une vulnérabilité permettant d’accéder à une colossale base de données tenue par une entreprise chinoise de reconnaissance faciale. Cette découverte a permis de mettre au jour une politique de surveillance généralisée à l’égard de millions d’habitants de l’Ouest du pays, principalement des Ouïghours, minorité musulmane.

Victor Gevers, chercheur en sécurité informatique, ne s’attendait certainement pas à cela. En découvrant une faille de sécurité, il a en réalité mis en lumière un pan de la politique de surveillance du gouvernement chinois, dirigée contre la minorité ouïghoure.

Plus de 2,5 millions d’Ouïghours fichés

Tout a donc commencé avec la découverte d’une vulnérabilité dans une base de données de l’entreprise chinoise SenseNets Technology. Celle-ci est spécialisée dans la reconnaissance faciale et collabore avec la police du pays dans plusieurs villes.

La faille permettait ainsi d’accéder à une vaste liste comprenant des noms, dates de naissance, numéros de carte d’identité, mais aussi des données de localisation. Au total, plus de 2,5 millions de personnes étaient concernées, résidant toutes dans la province du Xinjiang, dans l’Ouest du pays. Une région qui accueille notamment les Ouïghours, minorité musulmane de Chine.

Une population ciblée par une vaste politique de répression

Sans pouvoir être catégorique, le travail de Victor Gevers semble indiquer que le gouvernement chinois a recours à la technologie de SenseNets pour surveiller massivement les Ouïghours sur son territoire. Pire encore, il n’assurerait pas la sécurité de ces millions de données, laissant la possibilité à quiconque de consulter, modifier ou supprimer des informations dans la base.

L’histoire du Xinjiang est marquée par de nombreuses tensions et révoltes indépendantistes. Disposant de nombreuses ressources minérales naturelles, la région demeure importante aux yeux du pouvoir chinois. Mais en son sein, le peuple ouïghour cherche à obtenir l’indépendance, quitte à employer la violence, comme cela fut notamment le cas avec les émeutes de 2009. Depuis, les Ouïghours font l’objet d’une répression soutenue par le gouvernement du pays, entraînant la déportation de centaines de milliers d’individus dans des « camps de rééducation ».