Camps de détention en Chine : le Kazakhstan, trop dépendant pour froisser Pékin

01.01.2019, Lemonde

Le régime autoritaire de Noursoultan Nazarbaïev laisse, pour l’instant, agir les ONG qui défendent les droits des Kazakhs emprisonnés par son voisin chinois.

Le Kazakhstan est l’un des rares endroits où d’anciens détenus du système répressif mis en place dans le Xinjiang chinois contre les Ouïgours sont en mesure de témoigner. Mais le régime autoritaire de Noursoultan Nazarbaïev est dans une position ambivalente vis-à-vis de Pékin.

Routes de la soie

Etape-clé des « nouvelles routes de la soie » chinoise, le Kazakhstan livre un quart de son pétrole à la Chine par oléoduc et a annoncé, en septembre, la mise en œuvre de 51 projets sino-kazakhs pour 27 milliards de dollars (23,5 milliards d’euros). Cette dépendance économique croissante, et les accords de sécurité passés dans le cadre de l’Organisation de coopération de Shanghaï, réduisent les voies de recours d’Astana vis-à-vis de Pékin quand ses concitoyens sont détenus en Chine.

Orynbek Korsebek, d’origine Kazakh, a passé 125 jours dans un camp de rééducation en Chine, dans le Xinjiang. A Almaty, Kazakhstan, décembre 2018. ROMAIN CHAMPALAUNE POUR LE MONDE

« La Constitution du Kazakhstan défend les droits des citoyens kazakhs à l’étranger et assure la protection de la ­famille et des enfants, nous défendons ce point pour nos dossiers », explique la juriste Gulmira Kuatbekova, du Bureau international pour la protection des droits de l’homme, une ONG kazakhe.

Le régime, qui endigue toute contestation, laisse, pour l’instant, agir les quelques ONG qui défendent les droits des Kazakhs – lesquels constituent une infime minorité des détenus du Xinjiang. « La police nous appelle régulièrement pour s’assurer que les journalistes étrangers ne sont pas là pour agir contre le gouvernement actuel », nous prévient Serikjan Bilash, le cofondateur de l’ONG Atazhurt, à Almaty (Kazakhstan).

Dans les locaux de l’association Atajurt, une femme tient le portrait d’un de ses proches disparu en Chine. Almaty, Kazakhstan, décembre 2018. ROMAIN CHAMPALAUNE POUR LE MONDE

Demandes officielles de libération

Les demandes officiellement formulées par le ministère des affaires étrangères kazakh à son homologue chinois sur des citoyens détenus semblent toutefois contribuer à leur libération.

C’est le cas de Gulbahar Jalilova, une commerçante ouïgoure de nationalité kazakhe qui a été détenue quinze mois à Urumqi, la capitale du Xinjiang, entre mai 2017 et septembre 2018, sans raison valable. Réfugiée à Istanbul (Turquie), elle montre les lettres des autorités kazakhes, et la réponse des autorités chinoises disant qu’elle était bien en détention. « Ce qui prouve qu’ils m’ont bien emprisonnée ! », dit-elle, au comble de l’exaspération, car les autorités chinoises l’ont relâchée sans attestation. Alors qu’elle n’a jamais eu la nationalité chinoise, le personnel du centre de détention lui avait assigné un numéro d’identité chinois pour que le système informatique prenne son cas en compte.