​Malaisie : renvoi d’opposants ouïgours en Chine

Le Monde, 15 Février 2013

La République populaire de Chine, deuxième économie de la planète, peut compter de plus en plus sur le soutien de pays voisins, désireux d’entretenir de bonnes relations, pour obtenir l’expulsion d’opposants – Ouïgours en particulier. Une partie de ces musulmans turcophones issus de la province du Xinjiang, située dans le nord-ouest de la Chine, s’opposent à la domination des Han, l’ethnie majoritaire, et dénoncent la colonisation dont fait l’objet cette région aux confins de l’Asie centrale, riche en ressources naturelles et qui couvre un sixième du pays.

De son côté, Pékin s’inquiète de l’action de “séparatistes extrémistes ouïgours”, les qualifiant de “terroristes”. Depuis les émeutes sanglantes de l’été 2009, dans la capitale provinciale, Urumqi, les autorités chinoises ont accentué la répression et mettent tout en oeuvre pour que les opposants ouïgours ne puissent trouver un quelconque asile à l’étranger.

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Fin décembre, dans le plus grand secret, six Ouïgours ont été expulsés vers la Chine par les autorités malaisiennes. L’organisation des droits de l’homme Human Rights Watch a dénoncé, début février, cette expulsion effectuée en “violation totale de la loi internationale”. Arrêtés début 2012 avec de faux passeports, ces Ouïgours étaient en contact avec le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (UNHCR) afin d’obtenir le statut de réfugiés politiques. “Nous les avons enregistrés lorsqu’ils étaient en détention et nous avons plaidé leur cause auprès des autorités malaisiennes. Nous avons tenté d’empêcher leur expulsion et alerté les services administratifs à la fois verbalement et par écrit”, explique Andrej Mahecic, porte-parole de l’UNHCR, à Genève. “Nous regrettons que, malgré nos démarches, ils aient été expulsés vers un pays où la situation est difficile et où il existe un risque pour les droits de l’homme”, ajoute-t-il.

C’est la deuxième fois qu’une telle situation se produit. En 2011, un groupe de onze Ouïgours en avait déjà fait les frais. Selon la mère de l’un d’eux, interrogée en décembre 2012 par le service en ouïgour de Radio Free Asia, son fils a été condamné en juillet à trois ans de prison pour “séparatisme” et est détenu à Hotan, au Xinjiang. La Malaisie continue à renvoyer des réfugiés, alors qu'”il existe des preuves crédibles de torture ou d’autres formes de traitements inhumains sur des Ouïgours” en Chine, a dénoncé le Congrès mondial ouïgour en exil, qui a appelé “la communauté internationale à dénoncer ces déportations”. Début février, la Malaisie a reçu, avec tous les honneurs, pour une visite de quatre jours, un haut responsable chinois, Jia Qinglin, à la tête d’une délégation de 60 personnes. Le déplacement du dignitaire chinois avait pour objectifs l’inauguration d’un parc industriel sino-malaisien et la signature d’une série de contrats.

D’autres Etats asiatiques, soucieux de leur bonne relation avec la Chine, n’hésitent pas non plus à renvoyer les opposants ouïgours : Thaïlande, Laos, Vietnam, Cambodge, Pakistan, Ouzbékistan, Kazakhstan et Kirghizistan. Pour Phil Robertson, vice-directeur de Human Rights Watch pour l’Asie, “ce qui est inquiétant, c’est qu’il existe manifestement une campagne systématique de la part des autorités chinoises pour obtenir le renvoi des Ouïgours”. Peu d’informations filtrent sur le sort de ces rapatriés de force une fois revenus sur le territoire chinois. “Un grand voile noir les recouvre, ils disparaissent dans le système”, souligne M. Robertson, depuis Bangkok.

http://www.lemonde.fr/international/article/2013/02/15/malaisie-renvoi-d-opposants-ouigours-en-chine_1833425_3210.html