En Chine, les foyers musulmans forcés d’héberger des officiels du gouvernement

Slate, 06.06.2018

Le gouvernement chinois a envoyé plus d’un million d’officiels du parti communiste dans des foyers musulmans ouïghours du Xinjiang. Sur le papier, l’initiative pourrait sembler sympathique; le programme s’appelle«Devenir une famille» et sur les photos diffusées par le gouvernement, on voit des officiels souriants avec leurs hôtes. Mais les familles n’ont pas le choix. Les représentants du parti communiste s’invitent chez elles et vivent parfois dans les foyers une semaine par mois.

Une fois sur place, ils interrogent les membres de la famille sur leurs opinions politiques et leur vie quotidienne. Ils apprennent à leurs hôtes à parler mandarin, à chanter l’hymne national et organisent des cérémonies de lever du drapeau. Selon Human Rights Watch, qui vient de publier un rapport sur le sujet, il s’agit d’une violation de la vie privée et des droits culturels des onze millions de membres de cette minorité ethnique.

Confiscation des objets religieux

Un communiqué du gouvernement local explique que les officiels sont aussi censés confisquer les objets religieux qu’ils trouvent dans les foyers. Dans un récent discours, un administrateur du Xinjiang évoquait l’«importantce stratégique» de cette initiative pour le «maintien de la stabilité sociale et de la sécurité». Le but est aussi de diffuser la théorie du président Xi Jinping auprès des résidents.

«Il est difficile de faire plus envahissant qu’un officiel qui s’invite de force dans une famille, l’oblige à l’accueillir tout en la surveillant et en disant que c’est pour son bien», explique Maya Wang, une spécialiste de la Chine chez Human Rights Watch.

Sous couvert de lutte contre le terrorisme et le séparatisme, le gouvernement chinois a mis en place un système de répression et de surveillance drastique des Ouïghours. Selon Radio Free Asia, plus de cent mille Ouïghours soupçonnés d’être des dissidents ont été placés dans des camps de rééducation politique ces dernières années.

Le gouvernement chinois a aussi imposé une collecte d’ADN pour des millions de résidents du Xinjiang, ainsi que des applications de surveillance sur les smartphones de la population.