Chine : la pression toujours plus forte sur la communauté des Ouïghours

Europe1, 26.05.2018

Certains membres de cette communauté musulmane de Chine occidentale sont arrêtés de façon arbitraire et envoyés en “camp de rééducation”. Certains anciens détenus ont commencé à témoigner.

Direction la Chine d’abord, où la pression est de plus en plus forte sur la communauté musulmane Ouïghour. On vous a déjà raconté comment le régime les fiche, mais on les envoie aussi en camp de rééducation. Et certains ex-détenus commencent à témoigner…

C’est ce que l’Etat chinois appelle la “transformation par l’éducation”. Il s’agit de remodeler la pensée des Ouïghours, cette minorité de la Chine occidentale, dans la région du Xinjiang. Vous savez, c’est une ethnie plus proche, culturellement et linguistiquement, des Turcs que des Chinois de l’ethnie Han. Et ces dernières années, une minorité de la minorité ouïghour a basculé dans l’extrémisme, résistant de manière violente à la domination de Pékin. Ce qui sert de prétexte à cette immense opération de lavage de cerveaux : des détentions arbitraires, souvent au secret et sans inculpation, qui peuvent durer des jours, des mois ou des années. Les rares qui parlent racontent les heures d’endoctrinement, d’étude de la propagande communiste, des chants et slogans à la gloire du président Xi. On dort et on mange seulement si la récitation est bien apprise. Et les rebelles sont menottés, pieds et poings. Ils peuvent subir des simulations de noyade et autres tortures. Certains Ouïghours sont morts en détention.

Il y a évidemment une grande opacité entretenue par Pékin. Comment ces informations sortent-elles ?

Surtout grâce à des chercheurs comme Adrian Zenz, basé en Allemagne, qui a publié la semaine dernière un rapport sur cette persécution des Ouïghours. Selon lui, les détentions dans ces camps entourés de barbelés, avec portes blindées et salles de gardes, pourraient concerner plus d’un million de personnes. Pékin nie l’existence de ces camps, mais le chercheur a repéré des appels d’offre pour en construire de nouveaux dans plus de 40 localités du Xinjiang. Et certains immenses : l’un d’eux doit faire 80.000 mètres carrés. Appel aux entreprises de construction, appel au recrutement de personnel aussi ayant des compétences en “psychologie criminelle” ou une formation policière.

Ces camps, c’est l’ultime outil d’un système de surveillance très élaboré…

Oui, une surveillance omniprésente, jusqu’au cœur des foyers ! Cette fois c’est Human Rights Watch qui raconte que plus d’un million de cadres du Parti Communiste sont envoyés dans les familles musulmanes, dans leurs maisons. Ils s’invitent, pas moyen de dire non. Et pendant une semaine ils partagent les repas et les chambres à coucher, dispensent la bonne parole et font des rapports, notamment sur les signes religieux qui pourraient persister. Un professeur d’histoire spécialiste des Ouïghours écrivait la semaine dernière dans le New York Times que le Xinjiang devenait “un état policier rivalisant avec la Corée du Nord, avec un racisme formalisé à la façon de l’apartheid sud-africain”.