Congrès américain fait pression à la Chine sur la détention massive d’Ouïghours

MEDIAPART, 14.04.2018

L’administration américaine doit intensifier ses pressions sur la détention de centaines de milliers de Ouïghours musulmans dans des “centres d’éducation politique”, dont des dizaines de proches de journalistes travaillant pour Radio Free Asia à Washington.

L’administration américaine doit intensifier ses pressions sur la détention de centaines de milliers de Ouïghours musulmans dans des “centres d’éducation politique”, dont des dizaines de proches de journalistes travaillant pour Radio Free Asia à Washington.

C’est le message véhiculé dans une lettre du sénateur Marco Rubio (Républicain-Fla.) et du représentant Christopher H. Smith (RN.J.), les coprésidents de la Commission exécutive du Congrès sur la Chine, à l’ambassadeur des États-Unis en Beijing, Terry Branstad, mercredi.

Rubio et Smith citent des reportages médiatiques crédibles selon lesquels entre 500 000 et 1 million de Ouïghours ont été envoyés dans ces centres « d’endoctrinement politique » pendant des mois – l’appelant la plus grande incarcération de masse d’une population minoritaire dans le monde aujourd’hui.

Les Ouïghours, une minorité musulmane de l’ouest de la Chine, ont été confrontés à des décennies de pressions de Pékin cherchant à imposer une plus grande autorité centrale sur la région et à réprimer un mouvement séparatiste ouïghour de bas niveau.

L’appel à une position politique plus dure de la part de Washington intervient alors que l’administration Trump et la Chine sont plongés dans un conflit de plus en plus profond sur les tarifs douaniers et du commerce.

De nombreux Ouïghours auraient été détenus pour avoir prié, vêtus de vêtements «islamiques» ou ayant des liens avec d’autres pays, comme avoir déjà voyagé à l’étranger ou avoir eu des parents dans un autre pays.

Parmi ceux-ci, des dizaines de membres de la famille de six journalistes de Radio Free Asia, basée à Washington, ont dénoncé l’intensification de la répression dans la région autonome ouïghoure du Xinjiang (XUAR).

Quatre des journalistes sont des citoyens américains naturalisés, et deux ont des raisons de croire que les membres de leur famille ont été détenus directement en raison de leurs reportages.

“Ces détentions servent à intimider les familles des fonctionnaires américains et à saper certains des reportages les plus efficaces du XUAR, une région de plus en plus interdite aux reporters internationaux, aux membres de la société civile et aux diplomates”, ont écrit Rubio et Smith.

Ils ont cité des cas de morts et de tortures dans les centres de détention. Ils ont aussi tiré d’alarmes sur un système de surveillance numérique dans la région si répandu que tous les aspects de la vie quotidienne sont surveillés par des caméras de reconnaissance faciale, des scans de téléphones portables, la collecte d’ADN et une présence policière étendue et intrusive.

Rubio et Smith ont demandé à Branstad de diriger personnellement les efforts pour la libération des proches des journalistes de Radio Free Asia.

“S’il n’y a pas de solution immédiate à ces cas, nous demandons au département d’Etat d’envisager de refuser des visas aux cadres ou au personnel administratif des médias d’Etat chinois opérant aux Etats-Unis”, ont-ils écrit.

Ils ont demandé à l’ambassade de dresser une liste des responsables des détentions arbitraires et des abus au Xinjiang, en vue d’une éventuelle sanction en vertu de la loi Global Magnitsky.

Dans une déclaration envoyée par courrier électronique jeudi, l’ambassade s’est déclarée “préoccupée” par les informations faisant état de la détention des proches des journalistes et “profondément troublée” par les informations faisant état d’une répression croissante contre les Ouïghours et les autres musulmans en Chine. Branstad a soulevé ces préoccupations auprès du gouvernement chinois, a indiqué l’ambassade.

“Nous appelons la Chine à libérer tous les prisonniers d’opinion et à respecter les droits de l’homme et les libertés fondamentales de tous ses citoyens”, a-t-il ajouté.