Ouïghours: Pékin resserre l’étau autour du Xinjiang

rfi, 06.02.2018

Eriger « un mur d’acier » pour défendre la frontière contre d’éventuelles incursions d’islamistes, l’idée fait son chemin dans la région autonome du Xinjiang, située dans l’extrême nord-ouest de la Chine. Une région où vivent quelque 10 millions de Ouïghours turcophones et musulmans, qui subissent une répression féroce au nom de la lutte antiterroriste.

De notre correspondante à Pékin,

Rien de pire pour Pékin que ces trois fléaux : le séparatisme, l’extrémisme et le terrorisme. Le ministre de la Défense propose donc de sécuriser les 5 700 kilomètres de frontière qui séparent le Xinjiang du Pakistan, de l’Afghanistan ou encore du Kazakhstan.

Aux yeux des autorités chinoises, il s’agit de se protéger d’une infiltration de combattants islamistes. Le ministre Chang Wanquan veut bâtir « un mur d’acier ». Comprendre plus de patrouilles et d’entraînements au combat, plus de chars et de soldats armés.

Ces derniers mois, la Chine a déjà alourdi le dispositif, dans l’objectif d’arrêter des jihadistes de retour de la Syrie. D’ailleurs, l’Etat recrute des milliers de policiers supplémentaires au Xinjiang. Cela s’inscrit dans la lutte antiterroriste, qui cible aussi et surtout la minorité chinoise des Ouïghours, qui vivent dans cette province.

« violations de la vie privée pour tous »

Le Xinjiang est devenu un véritable laboratoire de la surveillance dernier cri. L’agence Bloomberg fait par exemple état d’un test grandeur nature pour la reconnaissance faciale : des caméras envoient une alerte au commissariat, dès qu’une personne suspectée s’éloigne de plus de 300 mètres de son logement ou de son travail.

Les voitures sont équipées de GPS pour traquer tout mouvement des conducteurs, et chaque personne entrant dans un supermarché doit se faire scanner. « Le Xinjiang est un état policier high-tech sans égal », dénonce une association de Ouïghours en exil, « une prison à ciel ouvert ».

L’ONG de défense des droits de l’homme Human Rights Watch parle quant à elle de « violations de la vie privée pour tous ». Selon HRW, les autorités sont en train de collecter des échantillons d’ADN de tous les habitants, sous couvert d’examens médicaux gratuits.

Combien de Ouïghours dans les camps ?

Human Rights Watch s’alarme aussi des « centres de rééducation ». Les autorités appellent cela des « camps d’entraînement politique ». Chaque Ouïghour suspect risque d’y passer des mois sans procès.

Il suffirait d’un pèlerinage à La Mecque ou d’un contact avec des personnes à l’étranger pour être soumis à des sessions de rééducation, où l’on doit réciter la loi chinoise et regarder des films de propagande.

Combien de Ouïghours sont-ils retenus dans ces camps ? Aucun chiffre fiable n’existe, Radio Free Asia cite un officiel qui estime le nombre pour la seule préfecture de Kashgar à 120.000 Ouïghours, détenus sans avoir commis aucun crime.