Chine : prison à ciel ouvert pour les Ouïgours au Xinjiang

Lemonde, 22.01.2018

Dans le nord-ouest de la Chine, les musulmans ouïgours subissent une répression féroce au nom de la lutte contre le « séparatisme, le fondamentalisme et le terrorisme ». Un traitement auquel la majorité chinoise se montre indifférente.

C’est un de ces longs trains vert foncé venus des villes de l’intérieur de la Chine. Il traverse, à la sortie d’Urumqi, un vaste champ d’éoliennes, longe les collines ravinées qui courent au nord du bassin formé par le fleuve Tarim, puis file au milieu de plantations d’arbres fruitiers, vers la partie sud de la région autonome ouïgoure du Xinjiang. Là où vit la majeure partie des 10 millions de Ouïgours, turcophones et musulmans. Et où une explosion de violences, en 2013 et 2014, les deux premières années du quinquennat du président Xi Jinping, a conduit à une reprise en main féroce de la région.

Ce monde chinois sur rails qui se déplace le long des 1 475 km de voies entre Urumqi et Kachgar, aux confins de l’Asie centrale, est ultra-sécurisé. On croisera, à un moment, sur la route parallèle à la voie ferrée, un convoi de pas moins de 35 camions militaires. Une autre fois, une division de tanks chargée sur un train se rangera à côté du nôtre. A la gare d’Urumqi, un soldat en faction armé d’une mitraillette est perché sur un blindé. A Kucha, un mirador, avec des hommes lourdement armés, surplombe l’entrée. Il faut, à chaque départ, passer trois fois ses bagages aux rayons X. Parcourir des chicanes, montrer patte blanche au « guichet de vérification des noms réels », puis, de nouveau, se faire inspecter à la sortie.

A chaque gare, les trains déversent leur foule de nouveaux venus ou de colons au long cours. D’Ouïgours, très peu. On croise des ouvriers de chantier, des commerçants, des ingénieurs des télécoms. Tout ce petit monde de migrants chinois han qui s’installent au gré des opportunités, là où les mène leur quête d’un travail. Un couple de l’Anhui, province du Sud-Est, nous dit vivre à Korla avec sa petite fille de 1 an, car « le salaire est plus élevé ici ».

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