Le premier président chinois d’Interpol élu

Le Figaro, 11 Novembre 2016

logo-figaro1Un Chinois a pour la première fois été élu aujourd’hui à la présidence d’Interpol, une décision potentiellement controversée en raison de la campagne chinoise pour traquer des fugitifs à l’étranger.

Vice-ministre chinois de la Sécurité publique, Meng Hongwei a été choisi pour succéder à la patronne de la police judiciaire française, Mireille Ballestrazzi, lors de l’assemblée générale annuelle de l’organisation de coopération policière organisée sur l’île indonésienne de Bali, a annoncé Interpol. Cette nomination pourrait faciliter les efforts de la Chine pour traquer de nombreuses personnes soupçonnées de corruption ou d’infractions à caractère économique et réfugiées à l’étranger.

Depuis son arrivée au pouvoir fin 2012, le président Xi Jinping a engagé une campagne anti-corruption, soupçonnée par certains observateurs de servir de purge déguisée au sein même du Parti communiste chinois. Un de ses volets, l’opération Skynet, vise à rapatrier des suspects de corruption ayant fui à l’étranger. Chine nouvelle rapportait fin septembre que 409 suspects avaient déjà été ramenés au pays. Cette campagne a soulevé des réserves de certains pays accusant la Chine d’agir en secret sur leur sol, ou d’autres qui rechignent à expulser des suspects dans un pays accusé par certaines organisations de ne pas respecter les règles du procès équitable.

“Cette nomination est inquiétante car la Chine a longtemps utilisé (…) Interpol pour arrêter des dissidents et des réfugiés à l’étranger”, a déclaré à l’AFP William Nee, spécialiste de la Chine à Amnesty International. “Il est arrivé que la Chine abuse du système Interpol pour viser des dissidents ouighours qui, à notre connaissance, n’avaient rien fait de répréhensible selon les standards internationaux.”

Basée à Lyon, l’organisation Interpol permet notamment de favoriser les échanges entre les polices de ses 190 pays membres.