Chine : la réalité du calvaire des Ouïghours surgit dans les récits des exilés

France Culture

Les médias australiens et américains livrent les témoignages de membres de la minorité musulmane chinoise en exil, sur les internements de force et les tortures qu’ils subissent chez eux. La presse britannique doute des méthodes de Theresa May pour “vendre” son Brexil à travers le Royaume-Uni.

Reportage dans l’édition australienne du Guardian, auprès des Ouïghours exilés : ces musulmans turcophones, originaires de la région du Xinjiang, vivent à distance les persécutions que subissent, chez eux, les membres de leur famille.  On les rencontre dans le secret des arrières-boutiques de Sydney, où ces émigrés parlent dans la crainte des espions de Pékin. Même à des milliers de kilomètres de chez eux, ils craignent des représailles, si l’on apprend qu’ils ont évoqué ces “camps de rééducation” où les Ouïghours sont internés de force par le régime chinois qui veut les “siniser” et les faire renoncer, de force, à l’Islam.

Dans le reportage du Guardian, on rencontre donc Arzu, Amir, ou Gul : autant de noms d’emprunts, et de Ouïghours vivant en Australie mais dont les proches restés au Xinjiang ont disparu, pendant de longs mois, avant de réapparaître sans pouvoir dire vraiment ce qu’ils ont subi.  Ils communiquent par code, expliquant qu’ils ont du passer du temps “à l’hôpital“, ou “en formation“, mais à Sydney, on sait bien que cela veut dire : qu’ils ont été eux aussi capturés et détenus dans ces camps où Pékin affirme leur offrir des cours de langue, de civilisation chinoise, et d’insertion professionnelle.

La réalité est beaucoup plus cruelle, mais c’est cette fois à Washington qu’elle se fait jour, dans le récit d’internement livré par une rescapée, Mirhigul Tursun, à la chaîne américaine CBSNews. Il n’y est pas question de rééducation mais bien de tortures : des mois de détentions dans des cellules bondées, les cheveux tondus de force, l’obligation de chanter des hymnes à la gloire du communisme, mais surtout les violences soi-disant médicales, et les séances d’électrocutions pour lui asséner l’idée qu'”être Ouïghour, c’est un crime“,  un mal qu’il faudrait extirper de soi.

Ces témoignages de Ouighours sont quasi-impossibles à recueillir sur place, dans l’extrême-Ouest de la Chine.

Ces derniers mois, des journalistes de CNN ont vu leurs visas refusés, une autre de Buzzfeed a été expulsé du pays mani-militari, pour avoir enquêté sur le “nouvel archipel du goulag chinois“. Vouloir rencontrer des Ouïghours en Chine, quand on est journaliste étranger, c’est leur faire courir à eux des risques majeurs, et risquer soi-même de se voir montrer la porte.

Alors, c’est de l’extérieur que s’élèvent des voix pour dénoncer ce crime de masse :  dans The New Arab, on lit la tribune de 300 universitaires à travers le monde qui appellent la Communauté internationale à sanctionner Pékin pour que cesse sa politique d’internement.

Ce à quoi sur CNN l’ambassadeur de Chine aux Etats-Unis répond par la menace de représailles si des sanctions étaient réellement prises.  La conclusion, elle est à lire dans The Atlantic : dans trois jours, Donald Trump doit rencontrer le président chinois Xi Jinping  au G20 de Buenos Aires. Il y a deux mois, quand les relations entre les deux puissances étaient glaciales, l’administration Trump avait bien fait mine d’utiliser la cause ouighoure pour accentuer la pression sur Pékin. Mais les temps ont changé : désormais américains et chinois veulent acter leur réchauffement diplomatique. Il y a donc fort à craindre que les questions qui fâchent, celles des droits de l’Homme et en particulier de la minorité ouighoure. soit consciencieusement évités à Buenos Aires.

https://www.franceculture.fr/emissions/revue-de-presse-internationale/la-revue-de-presse-internationale-du-mercredi-28-novembre-2018