Washington attaque Pékin sur sa lutte pour la «rééducation» des Ouïghours

rfi, 06.08.2018

La lutte antiterroriste prend des proportions accablantes dans la province chinoise du Xinjiang, aux confins ouest du pays. Des centaines de milliers de musulmans ouïghours y seraient détenus – sans procès – dans des « camps de rééducation ». La radio américaine RFA, des chercheurs et des ONG dénoncent l’existence de ces incarcérations en masse depuis septembre 2017. Dorénavant, les Etats-Unis pointent eux aussi un doigt accusateur sur la Chine.

De notre correspondante à Pékin.

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Le Xinjiang sous la chape de « rectification. »

Questionchine, 06.08.2018


Depuis 2012, les informations directes venant de Chine sur le Xinjiang se font de plus en plus rares. Cette tendance à l’omerta s’est encore aggravée depuis 2016, année de l’affectation de Chen Quanguo à la tête de la province. Mais récemment, le procès à Zharkent d’une chinoise d’origine Kazakhe, ancienne surveillante d’un camp de rééducation au Xinjiang et arrivée en fraude au Kazakhstan a jeté une lumière crue sur les méthodes de la Chine.

Nous l’écrivions dans une note de janvier 2017 (lire : Au Xinjiang, Chen, le très efficace nouveau secrétaire général mêle répression et action sociale directe.), dès son arrivée, Chen entré au Bureau Politique au 19e Congrès, a mis en œuvre une stratégie stricte d’encadrement des populations Han et Ouïghour, en instituant une étroite supervision des sorties de la province par un contrôle des passeports détenus par la police.

En même temps, il a mis en place un « pré-quadrillage » des zones urbaines, surveillées jour et nuit par des patrouilles de police et des caméras, le tout appuyé par un réseau de postes de premier secours équipés de services d’urgence sociaux, y compris des trousses de premiers secours, chaises roulantes, brancards, aides médicaux et même des prises pour recharger les téléphones portables. Sur ordre, ces points d’appui peuvent se transformer en postes de contrôle de sécurité anti-terroriste partie d’un réseau de quadrillage des rues capable de bloquer tout mouvement urbain en un clin d’œil.

Alors que la police a lancé une vaste campagne de recrutement de centaines d’auxiliaires, dans la seule ville d’Urumqi où Chen Quanguo est bien décidé à éviter que ne se reproduisent les émeutes des Ouïghour contre les Han de 2009, près de 1000 postes de ce type ont été installés. Au nom de la lutte anti-terroriste, les communications et internet sont surveillées et éventuellement bloquées.

Il reste que le souci d’efficacité, de mise aux normes et d’éradication de la menace islamiste produit des abus et des effets pervers. Plongeant la région dans un engrenage répressif sans mesure, articulé à rafles indiscriminées de suspects à partir d’encouragements à la délation, la stratégie de quadrillage opaque exilant les suspects dans des camps secrets à des fin de rééducation, soulève des interrogations dans la vaste mouvance des organisations de droits de l’homme.

Risques terroristes et rectification politique et culturelle.

L’ONG « Human Right Watch » citée par un article du journal Le Point de février 2018, décrit l’obsession sans limites de surveillance, de quadrillage et de mise aux normes des Ouïghours, citant l’utilisation à large échelle de la reconnaissance faciale et « la collecte généralisée de l’ADN de tous les habitants sous couvert d’examens médicaux gratuits. »

Maître de conférences en sciences sociales à l’Institut européen de théologie de Korntal en Allemagne, Adrian Zenz, dont le travail s’est d’abord focalisé sur le Tibet, évoque aussi « un réseau de camps de rééducation politique » sans cependant pouvoir préciser le nombre d’internés qu’il situe entre 120 000 et un million. Un rapport de l’ONG Chinese Human Rights Defenders (CHRD) dont l’objet est de promouvoir la démocratie, l’état de droit et l’activisme politique en Chine, souligne qu’en 2017 dans la seule province du Xinjiang qui représente à peine 1,5% de la population chinoise, a été le théâtre de 21% des arrestations opérées dans le pays.

Il est un fait qu’au Xinjiang, où le parti est sous la double pression, d’une part de la menace terroriste de l’Islam radical depuis les foyers d’Asie Centrale, du Pakistan et d’Afghanistan et, d’autre part, d’une revendication de sécession du « Turkestan Oriental », l’ambiance politique n’est pas à la souplesse. Selon des témoignages recueillis par Radio Free Asia, qui relayent des informations de Ouïghour, les suspects sont arrêtés de nuit par la police et disparaissent.

En décembre 2015, Pékin avait expulsé Ursula Gauthier qui après le grave attentat à la machette de la mine d’Aksu du 18 septembre 2015 (50 morts en majorité des Han dont 10 policiers) avait, dans un article du Nouvel Observateur accusé le gouvernement chinois de brutalités indiscriminées, confondant menées terroristes et réactions des populations Ouïghour excédées par le poids des quadrillages policiers.

Compte tenu du très lourd bilan de l’attentat d’Aksou, l’accusation du Nouvel Obs était mal passée à Pékin. Après avoir refusé de s’excuser, la journaliste française avait du quitter la Chine. Lire : Expulsion de la journaliste Ursula Gauthier.

« Centres de rééducation » ou répression carcérale ?


Alors que jusqu’à présent le régime avait nié leur existence, le 23 juillet, la presse officielle a longuement justifié les camps d’internement des Musulmans ouïghour en arguant de la nécessité de rééduquer les islamistes radicaux, y compris en invitant dans les camps des religieux « pour rectifier leur pensé extrémiste ».

Mais, depuis le Kazakhstan s’est diffusée une autre musique à l’occasion du procès à Zharkent de Sayagul Sauytbay, 41 ans, chinoise d’origine Kazakh qui dit avoir été employée dans un camp de rééducation avant de venir demander asile en avril dernier au pays de ses racines, après que son passeport lui avait été confisqué.

Harcèlements ethniques et religieux.

Menacée d’expulsion vers la Chine, l’ancienne surveillante dont l’avocat dit qu’elle risquait d’être torturée et de disparaître pour avoir révélé des secrets d’État si elle était extradée, dénonçait la détention de milliers de kazakhs dans des conditions qui n’étaient pas celles de la rééducation, mais plutôt celles d’une déportation ethnique et religieuse avec pour les récalcitrants [1] des répressions pouvant aller jusqu’à la mise au secret avec privation d’eau et de nourriture.

Selon son témoignage, les hommes Kazakhs étaient enlevés à leurs familles, certains condamnés à mort uniquement sur suspicion de terrorisme ou parce qu’ils avaient communiqué avec leurs familles au Kazakhstan.

Toutes ces informations levant le voile sur une province mise au secret par Chen Quanguo dessinent l’image d’une mise aux normes radicale dont le Wall Street Journal avait révélé les aspects en publiant en décembre dernier le reportage de deux journalistes qui avaient traversé la province d’est en ouest.

A Urumqi, ils avaient noté des scanners de reconnaissance faciale aux stations service et aux postes de sécurité quadrillant la ville, des logiciels équipant les téléphones des policiers pour traquer les conversations cryptées, le fichage systématique des Ouïghour dont les passeports sont parfois confisqués et les déplacements contrôlés.

Selon l’article, « pour Darren Byler, un chercheur en anthropologie de l’université de Washington qui a passé deux ans au Xinjiang pour y étudier les migrations, le parallèle contemporain le plus proche avec cette situation se trouve en Cisjordanie et dans la Bande de Gaza, où le gouvernement israélien a instauré un réseau de postes de contrôle et de surveillance biométrique pour noter les faits et gestes des Palestiniens. »

Au Xinjiang la surveillance s’articule aussi aux critères de la pratique religieuse, à ceux du port de la barbe et du style des vêtements, en fonction de quoi la population ouïghour est classée par niveau de risques posés à la société.

Le Xinjiang laboratoire d’une rectification nationale ?

Pour les plus pessimistes comme Zhu Shengwu, un avocat chinois, défenseur des droits de l’homme, qui a eu à traiter des cas de surveillance, la mise aux normes sécuritaire et culturelle du Xinjiang préfigure celle que le régime envisage d’instaurer dans tout le pays. « Ils ne cessent de tirer des leçons de la mise sous pression de la population au Xinjiang, pour les appliquer dans l’est du pays » (…) « Ce qui se passe au Xinjiang, c’est ce qui attend tous les Chinois ! ».

La dernière incidence de mise aux normes dont les effets visibles ciblent brutalement toute critique s’inspirant des modes de pensée politiques occidentaux est la toute récente disparition de Sun Wenguang. Agé de 84 ans, professeur de physique à la retraite depuis 1994, signataire en 2008 avec Liu Xiaobo de la Charte 08 réclamant les élections libres, fervent admirateur de Zhao Ziyang, réformateur politique décédé en 2005, ayant passé les 15 dernière années de sa vie en résidence surveillée, Sun Wenguang a disparu depuis le 4 août.

La veille, la police qui écoutait ses conversations, avait brutalement fait irruption chez lui à Jinan interrompant une interview qu’il donnait à Voice of America où il critiquait les largesses financières accordées par le pouvoir à l’Afrique alors qu’en Chine même nombre de réformes sociales restent à financer.

Mais, signe que l’excès de contrôle ethnique et religieux persécutant une partie de la population produit des effets pervers, instillant une rebuffade anti chinoise même dans un pays membre de l’Organisation de Coopération de Shanghai et fortement dépendant des investissements de Pékin, le 1er août le tribunal de Zharkent n’a pas extradé Sayagul Sauytbay. Mise en liberté sous caution, elle a été autorisée à rester au Kazakhstan où elle a demandé asile.

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La Chine renforce son emprise sur la région du Xinjiang

Medyaturk, 06.08.2018

La Chine utilise une technologie de surveillance avancée pour « opprimer » la population ouïghour dans la région autonome du Xinjiang, a indiqué l’hebdomadaire allemand Der Spiegel dans un rapport. 

Un journaliste du Der Spiegel après un voyage dans la région qui abrite 10 millions de Ouïghours, a déclaré ;

« Nulle part dans le monde, même en Corée du Nord, la population n’est surveillée aussi strictement que dans la région autonome ouïghour du Xinjiang. »

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La police coupe des robes trop longues de femmes ouïghoures dans les rues en Chine

Mediapart, 06.08.2018

Les femmes de la province ouïghoure du Xinjiang auraient vu leurs hauts et leurs robes coupées par la police dans une campagne continue visant les Ouïghours.

Tara Francis Chan

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Les crimes de la Chine contre l’humanité dont vous n’avez jamais entendu parler

Mediapart, 06.08.2018

La persécution doit être appelée par son vrai nom, et les mesures prises en conséquence. La situation qui se déroule au Xinjiang correspond à la définition des crimes contre l’humanité. Contrairement aux crimes de guerre, les crimes contre l’humanité peuvent être commis en temps de paix, mais l’idée que les victimes vivent en paix n’est qu’une technicité insensible.

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Le nettoyage ethnique fait son retour – en Chine

Mediapart, 06.08.2018

Les camps ne représentent qu’une partie des efforts de Pékin qui a détruit des milliers de bâtiments religieux, interdit les barbes et de nombreux noms musulmans. Les gens sont forcés de manger du porc. La persécution des innocents par le gouvernement chinois se poursuit même après leur mort. Les crématoriums sont construits pour éteindre littéralement la tradition des funérailles ouïghoures.

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Procès Sauytbay : « Cette médiatisation met en lumière les camps, dont l’existence était niée par la Chine »

Novastan,31.07.2018

Le procès de Sayragul Sauytbay, une Kazakhe chinoise ayant tenté de fuir le régime de Pékin pour retrouver sa famille au Kazakhstan, pourrait publiciser à plus grande échelle la situation intenable des minorités turcophones musulmanes au Xinjiang. Novastan a interviewé Dilnur Reyhan, spécialiste de la question ouïghoure, qui décrit un quasi génocide.

Le procès de Sayragul Sauytbay le 13 juillet dernier au Kazakhstan a suscité une grande controverse. Cette Kazakhe chinoise de 41 ans est accusée d’être entrée illégalement au Kazakhstan. De son côté, Sayragul Sauytbay dit avoir fui le régime répressif de Pékin dans la Région autonome ouïghoure du Xinjiang, dans le nord-ouest de la Chine, pour rejoindre sa famille au Kazakhstan.

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Mali : Les USA dénoncent les persécutions religieuses

AfricanManager, 31.07.2018

Partout dans le monde, les minorités religieuses sont persécutées et privées de leurs droits de l’homme. C’est un problème sur lequel de nombreux pays doivent travailler ensemble, s’ils veulent pouvoir le résoudre.

Le mois dernier, Mohammad Salas, membre de la communauté derviche soufie iranienne des Gonabadis, persécutée par le régime iranien pour ses croyances, a été reconnu coupable et condamné à mort en raison de motifs discutables à la suite de violents affrontements entre les forces de sécurité et les derviches gonabadis. M. Salas et ses partisans ont maintenu son innocence, affirmant qu’il avait été torturé lors d’aveux forcés. Malheureusement, le 18 juin, dans la tristement célèbre prison de Rajai Shahr, le régime a procédé à la pendaison de M. Salas.

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La «solidarité musulmane» du Pakistan disparaît sur la question des Ouïghours

Mediapart, 25.07.2018

Les Pakistanais ne gaspilleront pas une seconde à critiquer le Myanmar pour son traitement effroyable des Rohingyas – et à juste titre. La cause des Palestiniens est hautement proclamée, tout comme celle des Tchétchènes, des Bosniaques et des Albanais. Mais sur les Ouïghours, silence radio. Les Yuan chinois sont assurément plus importants que la solidarité musulmane.

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Comment le monde devrait réagir à l’intensification de la répression au Xinjiang? II

Mediapart, 25.07.2018

Près d’un million de personnes, principalement des Ouïghours sont enfermés dans des camps de concentration. Alors que plusieurs législateurs américains ont appelé à des sanctions, une grande partie du monde reste silencieux, y compris l’Organisation de la coopération islamique, qui se dit «la voix collective du monde musulman». Que devrait faire la communauté internationale?

Les auteurs : Rian Thum, Rachel Harris, James Leibold, Jessica Batke, Kevin Carrico, Sean Roberts

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